C’est quoi une licorne dans l’univers startup ?

Depuis l’émergence du web, le nombre de start-ups créées ne cesse de croître. Si elles sont de toutes les tailles, l’une d’entre elles retient l’attention : la licorne. On en parle souvent, mais au final, c’est quoi une licorne ? Non, nous ne parlons pas de l’animal mythologique. Oui, cette comparaison a été faite des milliers de fois. Il s’agit d’un rêve pour de nombreux porteurs de projets que de rejoindre le très privé Club des Licornes.

Découvrons ensemble ce qui caractérise ce type de structures, comment est-ce qu’elles apparaissent, mais aussi les limites à ce modèle. Car au final, est-ce que la licorne est toujours le but ultime pour les entreprises innovantes ?

C’est quoi une licorne ?

Une licorne, dans le monde des entreprises, est une startup qui est évaluée à plus d’un milliard de dollars. Son produit ou son angle d’attaque du marché incitent les investisseurs, notamment les Ventures Capitals (Capitaux Risques), à miser sur une réussite fulgurante de son offre. On retrouve la majorité de ces entreprises à très forte croissance dans le domaine des FinTech, même si le dénominateur commun de ces sociétés est leur recours aux innovations technologiques les plus puissantes. IA, Machine Learning, Data Science, IoT sont fréquemment utilisés dans les solutions proposées par ces startups.

Le terme de licorne est apparu aux Etats-Unis pour désigner les entreprises les plus prometteuses de la Silicon Valley. C’est l’investisseuse Aileen Lee qui utilise ce terme en 2013 dans un article traitant de l’impact des startups sur le monde économique. Depuis, l’expression s’est répandue comme une traînée de poudre pour être utilisée dans tous les écosystèmes de l’innovation.

En Europe, le Royaume-Uni est leader du domaine. Plus de 45 entreprises ont dépassé la valorisation nécessaire pour se targuer d’être une licorne. La France se situe bien avec une vingtaine de start-ups ayant atteint une valorisation supérieure à 1 milliard de dollars.

Attention : on parle bien d’une valorisation à plus d’un milliard de dollars, pas de chiffre d’affaires réalisé. Cette estimation ne se base donc pas forcément sur les résultats financiers de la startup. Elle peut se faire à partir de la communauté créée, de l’aspect disruptif de ses produits ou services ou tout simplement grâce à l’attractivité de sa marque.

Une licorne, c’est une entreprise dont la valorisation dépasse les 1 milliards de dollars

La licorne n’est pas forcément rentable

Quand on parle de licorne, on s’attend à une entreprise à la croissance exceptionnelle due à des résultats sans comparaison. Pourtant, force est de constater que beaucoup de ces startups ne se concentrent que sur leur valorisation, sans renforcer leurs résultats et leur modèle d’affaires. Une logique qui permet aux entreprises de se développer grâce à des tours de table récurrents, permettant de financer le développement des offres.

Pour les investisseurs, le risque est faible. Ils savent qu’en participant à une levée de fonds, ils augmentent la valorisation de l’entreprise et donc les chances d’un nouveau tour de table dans lesquels leurs parts sociales seront revendues avec une valeur ajoutée. Pour l’entreprise, c’est au contraire le risque de ne jamais trouver un produit fit to market, donc de ne jamais pouvoir développer un circuit de vente fonctionnel.

La licorne peine à trouver sa place

L’un des meilleurs exemples est Uber. L’entreprise, l’une des principales licornes américaines, a beau afficher de solides résultats, elle peine à atteindre la rentabilité. Malgré un chiffre d’affaires en hausse constante, la startup n’arrive pas à trouver un modèle lui permettant d’être dans le vert lors de ses bilans. Malgré tout, sa valorisation ne cesse de croître, malgré des signaux inquiétants du marché : impact du COVID, procès et redressements du statut des chauffeurs, concurrence locale… Un exemple parlant du fait que le statut de licorne n’est pas une garantie de stabilité.

Pour certains experts, la valorisation des licornes est un concept qui perd de sa substance avec les années. Trop orienté sur la valorisation auprès des investisseurs, pas assez tourné vers la pérennité des résultats financiers de la startup, ce terme perd de son attrait dans le milieu de l’innovation. De plus, avec la montée en puissance des GreenTech, AgriTech et autres innovations durables, de plus en plus de porteurs de projets décident de se lancer dans des modèles d’affaires résilients.

Dites bonjour aux centaures

Du coup, voici un nouveau terme, développé par Bessemer Ventures Partners, un fonds d’investissement parmi les leaders du financement des startups tech.

Le Centaure : une entreprise innovante ayant su consolider sa croissance en obtenant plus de 100 millions d’AAR, soit des revenus récurrents annuels. Une vision plus structurée et rationnelle, qui prouve la capacité de l’entreprise à se positionner dans le temps long.

On estime qu’à l’heure actuelle, ce sont environ 150 startups qui correspondent à ce critère, plus de la moitié ayant été créées dans les 2 dernières années. Une preuve solide de l’envie des porteurs de projets à se tourner vers la pérennité et non plus la valorisation à outrance. En France, on peut citer Qonto, la néo banque ayant misé avant tout sur les revenus récurrents. Si pour l’heure, elle n’est pas encore un Centaure, son modèle d’affaires la met en bonne voie pour rejoindre ce club assez fermé.

Voilà donc ce qu’est une licorne. Un concept attractif, qui a fait rêver de nombreux créateurs d’entreprises. Mais alors que l’air des grandes levées de fonds et des valorisations à la hausse semble arriver à son terme, cette expression est considérée comme en perte de sens par de plus en plus d’experts du secteur. Avec la montée en puissance des innovations durables et des startups à impact positif, de nouveaux concepts émergent, avec en tête le Centaure. On mise donc de plus en plus sur la résilience de la startup, sa capacité à créer un modèle d’affaires autosuffisant et moins dépendant de la levée de fonds.

Les prochaines années diront quel est le futur de tous ces termes. Une chose est sûre, le domaine des startups propose autant d’innovations dans ses produits que dans son lexique, chaque année nous faisant découvrir de nouvelles expressions.